ECCE HOMO // Lionel Sabatté . A voir absolument jusqu'au 24 octobre



ECCE HOMO

De l’obscurité jaillit l’étincelle créatrice de Lionel Sabatté, subjugué par l’intensité des œuvres d’art pariétales du Paléolithique qu’il contemplait, influençant très tôt sa pratique – sans cesse renouvelée – qui amenuise la frontière entre la notion de « vivant » et l’inanimé. Passeur du temps, il nous oriente sur ce cheminement jalonné de peintures, de dessins et sculptures aux matériaux insoupçonnés : ferraille ; peaux mortes ; ciment ; épices ; poussières ; pigments...rendant à l’Evolution un hommage vibrant. Cohabitant d’ordinaire avec tout un bestiaire et une flore fantastique issue du genre littéraire, les humans de l’artiste aux allures de revenants s’émancipent grâce à Ecce Homo. Ils s’extirpent de leur état fossile, déambulant, placides, entre les piliers ou dans les absidioles du Prieuré, dont le sol jonché de corps épars, morcelés, se mue en un précieux vivier. Au stade embryonnaire, Bustes et jambes-vestiges en réserve fusionnent pour incarner Fragments, série qui impressionne par le renversement des codes que ses figures opèrent : l’expression éthérée de leurs visages, assimilable à la statuaire classique, se conjugue élégamment avec leur langage postural archaïque alternant soumission et parade-riposte, le genou à terre, elles sont prêtes à agir. Ces êtres en devenir puisent leur force de la loi d’attraction-répulsion qui guide leur géniteur dans son processus créatif : à leur vision, nous faisons face à la monstruosité de notre propre nature. S’amorce à présent un zoom sur l’espèce que les tableaux abstraits sur plaques de métal suggèrent, intégrant à leur composition le phénomène d’oxydation que l’on retrouve en intracellulaire, au coeur de la respiration, libérateur de l’énergie nécessaire à notre bon fonctionnement. Retravaillées à la peinture à l’huile, les traces d’étain, de bronze, de rouille laissent place à notre imaginaire enclin à discerner les premières formes de vie apparues sur Terre, dans les mers chaudes, il y a environ 3,5 milliards d’années...

Chloé Macary


Vendredis, samedis, dimanches de 14 h à 18 h en octobre

10 rue du peintre Sisley, 77250 Moret Loing et Orvanne

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